﻿{"id":16961,"date":"2025-11-03T18:17:36","date_gmt":"2025-11-03T17:17:36","guid":{"rendered":"https:\/\/iicparigi.esteri.it\/?page_id=16961"},"modified":"2025-11-05T13:30:32","modified_gmt":"2025-11-05T12:30:32","slug":"juin-matthieu-pastore","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/iicparigi.esteri.it\/fr\/chi-siamo\/la-sede\/residenze-artistiche\/2025-2\/juin-matthieu-pastore\/","title":{"rendered":"Juin : Matthieu Pastore"},"content":{"rendered":"<p><strong>Matthieu Pastore, entre mythe et actualit\u00e9 : le th\u00e9\u00e2tre comme miroir de l&rsquo;invisible<\/strong><\/p>\n<p>N\u00e9 \u00e0 Lyon dans une famille cosmopolite, <strong>Matthieu Pastore<\/strong> porte en lui une carte des origines et des migrations qui semble d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9figurer sa conception du th\u00e9\u00e2tre. \u00ab Officiellement, je suis moiti\u00e9 fran\u00e7ais, moiti\u00e9 italien, raconte-t-il, mais mon nom de famille est sicilien, issu d&rsquo;une branche \u00e9migr\u00e9e en Tunisie. Ma m\u00e8re, Sanchez, est espagnole, n\u00e9e au Maroc. Mon p\u00e8re, quant \u00e0 lui, est fran\u00e7ais, mais il est \u00e9galement n\u00e9 en Tunisie \u00bb.<br \/>\nUne constellation d&rsquo;identit\u00e9s, de langues et d&rsquo;histoires qui l&rsquo;accompagne depuis toujours et qui revient, de mani\u00e8re sous-jacente, dans ses textes.<\/p>\n<p>Form\u00e9 \u00e0 l&rsquo;<strong>\u00c9cole du Piccolo Teatro<\/strong> de <strong>Milan<\/strong>, Pastore est aujourd&rsquo;hui un acteur et dramaturge reconnu : il a remport\u00e9 le <strong>prix Hystrio<\/strong> tant pour son jeu d&rsquo;acteur que pour son \u00e9criture, ce qui est rare. Apr\u00e8s des ann\u00e9es de travail comme interpr\u00e8te, il s&rsquo;est consacr\u00e9 de plus en plus \u00e0 la dramaturgie, un domaine qui lui permet, dit-il, \u00ab d&rsquo;assumer pleinement la responsabilit\u00e9 de ses propres mots \u00bb.<\/p>\n<p>Son nouveau projet, <em><strong>La b\u00eate de Versailles<\/strong><\/em>, s&rsquo;inspire de l&rsquo;ancienne l\u00e9gende de la \u00ab B\u00eate du G\u00e9vaudan \u00bb, une cr\u00e9ature myst\u00e9rieuse qui a terroris\u00e9 la France profonde au XVIIIe si\u00e8cle. \u00ab C&rsquo;est une histoire qui me fascine depuis mon enfance \u00bb, explique-t-il. \u00ab Mes parents m&rsquo;ont emmen\u00e9 \u00e0 Mende, au c\u0153ur du G\u00e9vaudan. Les habitants se sentent encore les h\u00e9ritiers de cette l\u00e9gende : pour eux, ce n&rsquo;est pas un mythe, c&rsquo;est une m\u00e9moire vivante. Mais ce qui m&rsquo;int\u00e9resse, ce n&rsquo;est pas le r\u00e9cit de la b\u00eate, mais la mani\u00e8re dont on la raconte, sa repr\u00e9sentation \u00bb.<\/p>\n<p>Pastore relit<strong> l&rsquo;histoire comme une r\u00e9flexion sur le pouvoir et l&rsquo;animalit\u00e9 qui l&rsquo;habite<\/strong> : \u00ab Louis XV, raill\u00e9 par les gazettes europ\u00e9ennes parce qu&rsquo;il \u00e9tait incapable d&rsquo;arr\u00eater la b\u00eate, repr\u00e9sente un pouvoir qui tente de dominer la nature mais finit par en incarner la f\u00e9rocit\u00e9. Il y a l\u00e0 quelque chose de profond\u00e9ment masculin, li\u00e9 \u00e0 la force et au contr\u00f4le. C&rsquo;est cela la v\u00e9ritable \u00ab b\u00eate \u00bb.<\/p>\n<p>\u00c0 Versailles, raconte-t-il, il n&rsquo;est pas all\u00e9 admirer les salles dor\u00e9es que tout le monde conna\u00eet, mais explorer \u00ab l&rsquo;autre \u00bb Versailles, celui du Trianon, \u00ab o\u00f9 le roi et les nobles tentaient de recr\u00e9er la nature sauvage \u00bb. C&rsquo;est de cette tension entre raison et instinct, contr\u00f4le et myst\u00e8re, que na\u00eet son travail.<\/p>\n<p>Pour Pastore, <strong>le monstrueux et le sauvage ne sont pas des cat\u00e9gories \u00e0 craindre, mais des cl\u00e9s pour comprendre ce qui nous habite<\/strong>. \u00ab Ils nous fascinent parce que nous nous reconnaissons en eux. Ils sont la partie de nous-m\u00eames que nous ne contr\u00f4lons pas, celle qui nous pousse au-del\u00e0 des limites, comme c&rsquo;est le cas au th\u00e9\u00e2tre \u00bb.<\/p>\n<p>D&rsquo;ailleurs, le th\u00e9\u00e2tre n&rsquo;est pas pour lui un simple outil narratif : \u00ab Si vous voulez raconter une histoire, un livre audio suffit. <strong>Le th\u00e9\u00e2tre est l&rsquo;art de la repr\u00e9sentation, le lieu o\u00f9 l&rsquo;on s&rsquo;interroge sur la relation entre la r\u00e9alit\u00e9 et son image. C&rsquo;est un miroir, mais aussi un mensonge, un \u00e9cho, une mystique. C&rsquo;est le lieu o\u00f9 parlent les morts<\/strong> \u00bb.<\/p>\n<p>Sa passion pour la sc\u00e8ne est n\u00e9e presque par hasard : \u00ab J&rsquo;\u00e9tais amoureux d&rsquo;un gar\u00e7on qui faisait du th\u00e9\u00e2tre au coll\u00e8ge \u00e0 Lyon. Je me suis inscrit \u00e0 l&rsquo;atelier uniquement pour \u00eatre pr\u00e8s de lui, et l\u00e0, \u00e7a a \u00e9t\u00e9 le coup de foudre&#8230; pour la sc\u00e8ne \u00bb. Apr\u00e8s des \u00e9tudes litt\u00e9raires, il est revenu au th\u00e9\u00e2tre, \u00ab parce que sans lui, je me sentais mal \u00bb.<\/p>\n<p>En 2018, apr\u00e8s un s\u00e9jour \u00e0 Paris, il a commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9crire pour le Th\u00e9\u00e2tre Treize. \u00ab Je n&rsquo;avais jamais pens\u00e9 \u00e0 \u00e9crire, mais j&rsquo;ai remport\u00e9 un concours avec une r\u00e9\u00e9criture du Banquet de Platon sous forme de com\u00e9die musicale. Depuis, l&rsquo;\u00e9criture est devenue une partie fondamentale de mon parcours \u00bb.<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, il vit entre Naples, Milan et Paris. Naples, avoue-t-il, l&rsquo;a conquis : \u00ab C&rsquo;est la plus belle ville d&rsquo;Europe. C&rsquo;est agr\u00e9able d&rsquo;y travailler, mais aussi de ne rien faire. C&rsquo;est une ville qui vous recharge \u00bb.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, il anime des ateliers de dramaturgie qu&rsquo;il qualifie d&rsquo;ouvroirs, des ateliers cr\u00e9atifs n\u00e9s du d\u00e9sir de partager sa m\u00e9thode. \u00ab J&rsquo;ai demand\u00e9 aux participants de choisir un fait divers qui les passionnait, comme <em>La B\u00eate<\/em> pour moi. Ensuite, nous inventons des contraintes, de petits exercices qui stimulent l&rsquo;imagination. Je pense que partager sa fa\u00e7on de travailler permet aussi de l&rsquo;am\u00e9liorer \u00bb.<\/p>\n<p>Pour Pastore, l&rsquo;actualit\u00e9 est la mythologie contemporaine : \u00ab<strong> Je ne m&rsquo;int\u00e9resse pas aux faits divers, mais \u00e0 la mani\u00e8re dont un fait r\u00e9el peut devenir un mythe<\/strong>. Ma Trag\u00e9die cor\u00e9enne, par exemple, est n\u00e9e d&rsquo;un cas d&rsquo;infanticide survenu \u00e0 S\u00e9oul, mais c&rsquo;est une r\u00e9\u00e9criture de M\u00e9d\u00e9e. Elle parle de l&rsquo;amour qui devient destruction, du sentiment d&rsquo;\u00eatre \u00e9tranger, mal aim\u00e9. Comme M\u00e9d\u00e9e, beaucoup d&rsquo;entre nous se sentent d\u00e9plac\u00e9s, incapables de communiquer v\u00e9ritablement leur fa\u00e7on d&rsquo;aimer \u00bb.<\/p>\n<p><strong>Le th\u00e9\u00e2tre<\/strong>, dit-il, c&rsquo;est justement cela : \u00ab <strong>Un langage qui d\u00e9masque le langage. Il nous fait reconna\u00eetre ce que nous ne voyons souvent pas dans la vie<\/strong>. Si une personne dit \u00ab comment vas-tu \u00bb d&rsquo;une certaine mani\u00e8re, au th\u00e9\u00e2tre, on le comprend imm\u00e9diatement. C&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;on apprend \u00e0 lire la v\u00e9rit\u00e9 derri\u00e8re les mots \u00bb.<\/p>\n<p>De sa formation au Piccolo, sous la direction de Luca Ronconi, il garde un enseignement profond : \u00ab<strong> Ronconi nous disait que l&rsquo;acteur ne joue pas, mais qu&rsquo;il est jou\u00e9 par la pens\u00e9e. Le mot na\u00eet de quelque chose qui pousse de l&rsquo;int\u00e9rieur, on ne le dit pas : il arrive. C&rsquo;est l&rsquo;action qui g\u00e9n\u00e8re le mot, et non l&rsquo;inverse<\/strong> \u00bb.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir pass\u00e9 plusieurs ann\u00e9es entre Paris et Milan, Pastore a choisi d&rsquo;\u00e9crire davantage et de s&rsquo;exposer \u00e9galement sur le plan politique : \u00ab Peut-\u00eatre que jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent, je ne m&rsquo;\u00e9tais pas autoris\u00e9 \u00e0 prendre position. Mais aujourd&rsquo;hui, je ressens le besoin de parler de la guerre, du pouvoir, du pr\u00e9sent. Il est difficile de rester neutre \u00bb.<\/p>\n<p>Il r\u00e9fl\u00e9chit enfin \u00e0 sa g\u00e9n\u00e9ration, celle des trentenaires \u00ab \u00e0 cheval entre l&rsquo;analogique et le num\u00e9rique \u00bb. \u00ab Nous avons connu les biblioth\u00e8ques et les cartes postales, mais nous vivons immerg\u00e9s dans la rapidit\u00e9 des notifications. Nous sommes une g\u00e9n\u00e9ration un peu d\u00e9pass\u00e9e, mais encore capable de r\u00e9sister \u00bb.<\/p>\n<p>Et <strong>il conclut par un mot qui r\u00e9sume son parcours : gratitude<\/strong>. \u00ab Je suis reconnaissant \u00e0 ceux qui m&rsquo;ont accueilli, mais aussi \u00e0 moi-m\u00eame, de m&rsquo;avoir autoris\u00e9 \u00e0 \u00e9crire. Cela ne va pas de soi. C&rsquo;est ma fa\u00e7on de dire merci \u2013 aux autres et aussi \u00e0 moi-m\u00eame \u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Matthieu Pastore, entre mythe et actualit\u00e9 : le th\u00e9\u00e2tre comme miroir de l&rsquo;invisible N\u00e9 \u00e0 Lyon dans une famille cosmopolite, Matthieu Pastore porte en lui une carte des origines et des migrations qui semble d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9figurer sa conception du th\u00e9\u00e2tre. \u00ab Officiellement, je suis moiti\u00e9 fran\u00e7ais, moiti\u00e9 italien, raconte-t-il, mais mon nom de famille est [&hellip;]","protected":false},"author":10,"featured_media":0,"parent":13434,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-16961","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/iicparigi.esteri.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/16961","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/iicparigi.esteri.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/iicparigi.esteri.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/iicparigi.esteri.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/10"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/iicparigi.esteri.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=16961"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/iicparigi.esteri.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/16961\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":16991,"href":"https:\/\/iicparigi.esteri.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/16961\/revisions\/16991"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/iicparigi.esteri.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/13434"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/iicparigi.esteri.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=16961"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}