﻿{"id":13438,"date":"2025-04-15T11:20:43","date_gmt":"2025-04-15T09:20:43","guid":{"rendered":"https:\/\/iicparigi.esteri.it\/?page_id=13438"},"modified":"2025-11-05T13:32:47","modified_gmt":"2025-11-05T12:32:47","slug":"mars-andrea-francolino","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/iicparigi.esteri.it\/fr\/chi-siamo\/la-sede\/residenze-artistiche\/2025-2\/mars-andrea-francolino\/","title":{"rendered":"Mars: Andrea Francolino"},"content":{"rendered":"<h3>Andrea Francolino<\/h3>\n<p><em>La conversation a \u00e9t\u00e9 l\u00e9g\u00e8rement retouch\u00e9e en quelques points seulement pour que tout soit le plus fid\u00e8le possible \u00e0 l&rsquo;original. Un \u00e9change n\u00e9 en marchant avec d\u00e9sinvolture sans destination fixe, parmi les bruits et les obstacles de la ville. L\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;audio \u00e9tait corrompu par le son des sir\u00e8nes, \u00e0 cause d&rsquo;un tr\u00e9buchement ou d&rsquo;un passage forc\u00e9 entre des travaux routiers, il a \u00e9t\u00e9 corrig\u00e9 en respectant le sens original de cette r\u00e9flexion \u00e0 voix haute entre Andrea Francolino et Th\u00e9a Romanello.<\/em><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"\" src=\"https:\/\/iicparigi.esteri.it\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/1.jpg\" width=\"535\" height=\"374\" \/><\/p>\n<h6><em><strong>Matera, realizzazione dell\u2019opera 40.66264,16.61108 24 giugno 2022, 06:40:18 \u2014 Foto Andrea Francolino<\/strong><\/em><\/h6>\n<p><em><strong>Dall&rsquo;apertura all&rsquo;abbondanza feconda<\/strong><\/em><br \/>\n<em>D\u00e9ambulation dans Paris avec Andrea Francolino 21 mars 2025<\/em><br \/>\n<em>\u00ab Andrea Francolino est l&rsquo;artiste des ruptures, des fissures et du hasard. Il vit et travaille \u00e0 Milan depuis vingt ans mais Andrea est originaire du Sud. Apulien de naissance, il a grandi \u00e0 Matera \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 beaucoup pensaient que Matera se trouvait dans la province de Bari ou que la Basilicate \u00e9tait la terre d&rsquo;un \u00ab\u00a0Christ qui s&rsquo;est arr\u00eat\u00e9 \u00e0 Eboli\u00a0\u00bb, la honte nationale, comme l&rsquo;appelait Palmiro Togliatti en 1948. Bref, une terre sans grand m\u00e9rite.<\/em><\/p>\n<p><strong>Qu&rsquo;en est-il alors de cette fissure ?<\/strong><br \/>\nJe commencerais par H\u00e9siode, po\u00e8te grec du VIIe si\u00e8cle avant J.-C., qui disait que le chaos \u00e9mergeait du d\u00e9sordre primordial o\u00f9 les dieux naissaient spontan\u00e9ment et d&rsquo;o\u00f9 tout d\u00e9coulait. Ce que nous consid\u00e9rons aujourd&rsquo;hui comme du d\u00e9sordre \u00e9tait en fait le principe de l&rsquo;ordre. C&rsquo;est d&rsquo;H\u00e9siode que j&rsquo;ai tir\u00e9 le terme \u00ab Spazio beante \u00bb pour le titre de mon exposition personnelle (ed. \u00ab Venne all&rsquo;esistenza lo Spazio beante \u00bb, inaugur\u00e9e le 22 septembre 2022 \u00e0 la Galleria Mazzoleni de Turin, sous la direction de Lorenzo Benedetti). Dans ma recherche, la rupture &#8211; la fissure ou le gouffre &#8211; devient l&rsquo;origine de r\u00e9flexions continues qui \u00e9voluent dans une direction que je ne peux pas d\u00e9terminer \u00e0 priori. C&rsquo;est pourquoi j&rsquo;ai consacr\u00e9 ma r\u00e9sidence \u00e0 l&rsquo;Institut culturel italien de Paris \u00e0 une d\u00e9ambulation dans la ville \u00e0 la recherche de sensations, de possibilit\u00e9s, de fractures, bref, de variables al\u00e9atoires. Il est \u00e9vident que j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 dans le centre de Paris, j&rsquo;ai beaucoup march\u00e9, j&rsquo;ai parcouru des kilom\u00e8tres et des kilom\u00e8tres&#8230;\u00a0 J&rsquo;ai vu toutes ces choses qui passent inaper\u00e7ues aux yeux des gens, comme une fissure \u00e9cras\u00e9e ou la rupture d&rsquo;un \u00e9l\u00e9ment. J&rsquo;ai tout vu, des quartiers les plus improbables, les plus durs de la ville aux quartiers les plus brillants, les plus touristiques, les quartiers qui sont l&#8217;embl\u00e8me que chaque ville montre d&rsquo;elle-m\u00eame, la partie la plus historique, la plus esth\u00e9tique, c&rsquo;est le paradoxe que j&rsquo;aime tant et que, pendant cette r\u00e9sidence, j&rsquo;ai essay\u00e9 de vivre comme une \u00e9motion et une recherche.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"\" src=\"https:\/\/iicparigi.esteri.it\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/2.jpg\" width=\"243\" height=\"432\" \/><\/p>\n<h6>4 mars 2025 Paris 1.58.45 p.m. Photo, Andrea Francolino<\/h6>\n<p><strong>C&rsquo;est pour cela que les interviews vagabondes te conviennent si bien&#8230;.<\/strong><br \/>\nBien s\u00fbr, cette conversation que nous avons, en d\u00e9ambulant dans la ville, me convient mieux. C&rsquo;est en quelque sorte le charme de cet \u00e9l\u00e9ment qui me sert de point de d\u00e9part. Si tu r\u00e9fl\u00e9chis&#8230; si nous faisions une promenade dans le temps et retournions deux cents ans en arri\u00e8re, il est probable qu&rsquo;une chose que nous trouverions encore et toujours serait un arbre, une fissure, une cassure. Pourquoi ? Parce que c&rsquo;est quelque chose qui a toujours exist\u00e9. Il faut probablement remonter tr\u00e8s loin dans le temps, je ne dirais pas jusqu&rsquo;au Big Bang, mais presque. C&rsquo;est ce qui est int\u00e9ressant, car de nombreuses personnes qui ont \u00e9crit sur moi ont compar\u00e9 mon travail \u00e0 de grands auteurs tels qu&rsquo;Alberto Burri, Richard Long ou Fontana, et cela montre que mon travail n&rsquo;est pas seulement contemporain du pass\u00e9, mais contemporain du pr\u00e9sent et, je l&rsquo;esp\u00e8re, contemporain de l&rsquo;avenir, et qu&rsquo;est-ce que cela signifie ? Que la fissure reste la m\u00eame, mais que ce sont les \u00e9v\u00e9nements qui l&rsquo;entourent qui changent. C&rsquo;est un \u00e9l\u00e9ment tellement universel que sa contemporan\u00e9it\u00e9 persiste in\u00e9vitablement dans le contexte qui l&rsquo;entoure.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"\" src=\"https:\/\/iicparigi.esteri.it\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/3.jpg\" width=\"432\" height=\"302\" \/><\/p>\n<h6>Andrea Francolino : Venne all&rsquo;esistenza lo Spazio beante, Mazzoleni Torino, 2022, vue de l&rsquo;installation. Photo R. Ghiazza<\/h6>\n<p><strong>Vous parlez souvent des Grecs anciens&#8230;.<\/strong><br \/>\n&#8230;oui, parce que dans la Gr\u00e8ce antique on regardait le ciel et on essayait d&rsquo;imaginer concr\u00e8tement ce qu&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;univers, donc on fantasmait, mais avec une certaine connaissance. Donc, fantasmer \u00e0 partir de la fracture, du chaos, de l&rsquo;al\u00e9atoire, me donne \u00e9videmment la possibilit\u00e9 de r\u00e9aliser des sujets qui sont aussi tr\u00e8s contemporains sans la sp\u00e9culation que l&rsquo;on peut faire sur l&rsquo;actualit\u00e9 qui nous entoure, et cela me donne un sentiment de libert\u00e9. \u00c0 cet \u00e9gard, je me souviens de l&rsquo;exposition et de la performance que j&rsquo;ai r\u00e9alis\u00e9es en Allemagne l&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re (ndlr : \u00ab Diversit\u00e4t \u00bb, juin 2024, Galerie der Stadt Tuttlingen, sous la direction d&rsquo;Anna-Maria Ehrmann-Shindlbeck) : dix jeunes gens d&rsquo;origine, de milieu, d&rsquo;ethnie, de croyance diff\u00e9rents ont commenc\u00e9 \u00e0 briser ce grand mur de plus de cent m\u00e8tres de haut et long quinze m\u00e8tres \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;un marteau et d&rsquo;un burin, en partant de c\u00f4t\u00e9s oppos\u00e9s et en se rejoignant au centre du mur, en rejoignant la rainure. Dans ce cas, la rupture est devenue un trait d&rsquo;union entre leurs diff\u00e9rences. La rupture comme \u00e9quilibre, le hasard comme principe d&rsquo;ordre. Voil\u00e0, c&rsquo;est quelque chose qui m&rsquo;a fascin\u00e9 dans la mesure o\u00f9 je peux le contextualiser dans les \u00e9v\u00e9nements contemporains d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Les \u00e9v\u00e9nements contemporains sont ceux d&rsquo;une grande agitation, d&rsquo;une grande diversit\u00e9, o\u00f9 ces diversit\u00e9s, tant dans la nature que dans la soci\u00e9t\u00e9, se r\u00e9v\u00e8lent finalement d&rsquo;un grand \u00e9quilibre. Ma recherche ici devient donc tr\u00e8s actuelle car elle peut aborder des th\u00e8mes universels. Je suis curieux de savoir ce que ce s\u00e9jour ici \u00e0 Paris peut me sugg\u00e9rer, et certainement, de retour chez moi, de nouvelles possibilit\u00e9s pour ce travail se pr\u00e9senteront.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"\" src=\"https:\/\/iicparigi.esteri.it\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/4.jpg\" width=\"558\" height=\"336\" \/><\/p>\n<h6>Andrea Francolino, vid\u00e9o de performance \u00ab Diversity \u00bb. 7 juin 2024 Galerie der Stad Tuttlingen, photo Nadja Dosterschill<\/h6>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"\" src=\"https:\/\/iicparigi.esteri.it\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/5.jpg\" width=\"564\" height=\"382\" \/><\/p>\n<h6>Andrea Francolino, performance vid\u00e9o minute 15, \u00ab Diversity \u00bb. Galerie der Stad Tuttlingen, photo Nadja Dosterschill<\/h6>\n<p><strong>Heureusement, m\u00eame en ville la nature est partout&#8230;.<\/strong><br \/>\nElles sont belles (ndlr : un fleuriste de la rue du Bac expose des fleurs et des plantes, envahissant l&rsquo;espace du trottoir et de la rue) &#8230; J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 r\u00e9cemment invit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;exposition &lsquo;Flora&rsquo; \u00e0 la Fondation Magnani Rocca, organis\u00e9e par Daniela Ferrari et Stefano Roffi, o\u00f9 \u00e9taient expos\u00e9es quatre vraies plantes et quatre plantes en b\u00e9ton qui essayent de\u00a0 ressembler aux vraies, issues de la s\u00e9rie A-Biotic. La condition \u00e9ternelle de l&rsquo;homme est d&rsquo;imiter la nature. Son \u00e9volution m\u00eame en d\u00e9pend. D&rsquo;autre part, n&rsquo;oublions pas&#8230; Maintenant nous avons commenc\u00e9 notre conversation de mani\u00e8re tr\u00e8s chaotique, et c&rsquo;est aussi la beaut\u00e9 de converser dans la rue&#8230; mais la rupture est l&rsquo;\u00e9volution du principe du d\u00e9sordre, du chaos, et tout ce qui s&rsquo;ensuit est une r\u00e9flexion sur l&rsquo;\u00e9tat de l&rsquo;homme, donc entre l&rsquo;homme et la nature, la cr\u00e9ation. Cela me donne aussi la possibilit\u00e9 de pouvoir aborder ces questions sans forc\u00e9ment les connoter \u00e0 une chose en particulier. Bien s\u00fbr, un grand existentialisme \u00e9merge alors de mon travail et cela m&rsquo;appartient. Cela me rappelle la grande fissure dor\u00e9e dans le mur que j&rsquo;ai faite \u00e0 divers endroits. L\u00e0, la fissure devient r\u00e9v\u00e9latrice. Et puis, bien s\u00fbr, cette errance est aussi souvent connue au d\u00e9but de mon travail par le fait que je fais le tour du monde et que je collecte les fissures avec trois techniques diff\u00e9rentes. D&rsquo;abord en saupoudrant du ciment r\u00e9cup\u00e9r\u00e9, puis avec de la poussi\u00e8re de terre, et aujourd&rsquo;hui j&rsquo;en suis \u00e0 la phase o\u00f9 j&rsquo;utilise l&rsquo;eau. En 2014-2015, j&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 calciner des fissures comme celle-ci, par exemple, sous nos pieds (ndlr : une fissure sur le trottoir de la rue du Bac), sur lesquelles j&rsquo;ai saupoudr\u00e9 du ciment r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 sur des chantiers, qui avait d\u00e9j\u00e0 eu un processus d&rsquo;existence, en collant un papier de type Hahnem\u00fchle, en appuyant sur la fissure, en r\u00e9alisant l&#8217;empreinte exacte. C&rsquo;est presque un paradoxe : vouloir arr\u00eater un processus en cours car, comme je le dis toujours, la fissure est une manifestation objective qui r\u00e9v\u00e8le souvent le d\u00e9but et l&rsquo;\u00e9volution des choses, elle n&rsquo;est donc ni positive ni n\u00e9gative. Alors voil\u00e0, j&rsquo;ai coul\u00e9 des fissures dans le monde entier avec de la poudre de ciment et sous chaque fissure j&rsquo;ai mis une coordonn\u00e9e GPS indiquant o\u00f9 elle se trouve parce que c&rsquo;est un art du r\u00e9el, c&rsquo;est un art concret : les minutes, les secondes et la date, un peu comme si je voulais l&rsquo;arr\u00eater dans l&rsquo;espace-temps.<br \/>\nPuis la technique a \u00e9volu\u00e9, elle est arriv\u00e9e \u00e0 la poussi\u00e8re de la terre et aujourd&rsquo;hui je suis arriv\u00e9 \u00e0 la synth\u00e8se absolue parce que je jette de l&rsquo;eau sur la fissure, j&rsquo;imprime la feuille qui se mouille et se couche dans la fissure, alors le moulage devient sculptural, plus que graphique, mais ensuite l&rsquo;eau s&rsquo;\u00e9vapore et il ne reste plus que le papier. Restent alors les deux gestes : celui du temps et celui de l&rsquo;artiste. C&rsquo;est le minimalisme absolu : les deux concepts du temps, le temps qui passe et celui de l&rsquo;atmosph\u00e8re, plus mon action.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-13285 img-fluid\" src=\"https:\/\/iicparigi.esteri.it\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/6-200x300.jpg\" sizes=\"auto, (max-width: 297px) 100vw, 297px\" srcset=\"https:\/\/iicparigi.esteri.it\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/6-200x300.jpg 200w, https:\/\/iicparigi.esteri.it\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/6-682x1024.jpg 682w, https:\/\/iicparigi.esteri.it\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/6-768x1152.jpg 768w, https:\/\/iicparigi.esteri.it\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/6.jpg 883w\" alt=\"\" width=\"297\" height=\"446\" \/><\/p>\n<h6>Andrea Francolino, Lo Spazio beante came into existence, Mazzoleni Turin. Vue de l&rsquo;installation A-Biotic. Photo R. Ghiazza<\/h6>\n<p><strong>T&rsquo;es d\u00e9j\u00e0 venu sur les quais de la Seine ?<\/strong><br \/>\nOui, oui, j&rsquo;ai aussi pris des photos pour le nouveau projet (ndlr, un projet photographique dont le r\u00e9sultat sera visible en octobre 2025, ici \u00e0 Paris, en collaboration avec CONTEMPORALIS Association Amis Art Contemporain France &#8211; Italie et l&rsquo;Institut Culturel Italien) et que je r\u00e9alise depuis ce dernier mois de d\u00e9cembre, et non&#8230;\u00a0 ce qui est fascinant, c&rsquo;est aussi que&#8230;. si on r\u00e9fl\u00e9chit sur le discours de la rupture qui g\u00e9n\u00e8re ensuite l&rsquo;ordre naturel, si nous devions voir un fleuve maintenant avec un satellite, en allant si haut, nous verrions ce fleuve si pr\u00e8s et ce n&rsquo;est rien d&rsquo;autre qu&rsquo;une grande co\u00efncidence, presque comme une fissure \u00e0 travers laquelle l&rsquo;eau coule, c&rsquo;est comme si alors dans mon travail, quand je fais ma recherche, ces r\u00e9flexions universelles n&rsquo;ont jamais de fin. Ces r\u00e9flexions recommencent lorsque le spectateur regarde l&rsquo;\u0153uvre, c&rsquo;est comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;une \u0153uvre objective comme la fissure elle-m\u00eame, de sorte que le spectateur n&rsquo;est pas exclu ou n&rsquo;accepte pas la philosophie, la pens\u00e9e ou le th\u00e8me de l&rsquo;artiste, mais dans cette \u0153uvre, il peut se refl\u00e9ter lui-m\u00eame et toutes les consid\u00e9rations qui s&rsquo;ensuivent parce qu&rsquo;il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;un concept achev\u00e9. Tout ce qui peut \u00eatre dit n&rsquo;a pas encore \u00e9t\u00e9 dit. Malheureusement, la fissure a \u00e9t\u00e9 fortement figur\u00e9e, banalis\u00e9e, non ? Chaque fois qu&rsquo;il y a un traumatisme, m\u00eame les journalistes le publient comme si c&rsquo;\u00e9tait la synth\u00e8se symbolique pour la fermer \u00e0 une seule interpr\u00e9tation. Mais th\u00e9oriquement, si l&rsquo;on se r\u00e9f\u00e8re aux Grecs anciens, c&rsquo;est de l\u00e0 que tout est venu, que tout ordre a \u00e9merg\u00e9. C&rsquo;est ce qui m&rsquo;int\u00e9resse, en le contextualisant dans le contemporain, la relation entre nous et les choses de la nature, les choses de la cr\u00e9ation.<\/p>\n<p><strong>Nous sommes arriv\u00e9s \u00e0 la passerelle de Solf\u00e9rino, le pont, l&rsquo;oppos\u00e9 de la fissure&#8230;<\/strong><br \/>\nCe fleuve, c&rsquo;est la vie pour beaucoup de gens. Ce n&rsquo;est pas un hasard si les gens ont construit leurs villes \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;un cours d&rsquo;eau. Donc, soit une rivi\u00e8re coule dans cette fissure, soit c&rsquo;est la rivi\u00e8re qui a provoqu\u00e9 la formation de cette fissure. C&rsquo;est pourquoi la troisi\u00e8me phase de mon travail de tra\u00e7age des fissures dans le monde se fait avec de l&rsquo;eau, parce qu&rsquo;alors l&rsquo;eau s&rsquo;\u00e9vapore, elle laisse ce sillon, cette portion de v\u00e9rit\u00e9 d&rsquo;o\u00f9 la beaut\u00e9 peut \u00e9merger.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-13289 img-fluid\" src=\"https:\/\/iicparigi.esteri.it\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/7-300x210.jpg\" sizes=\"auto, (max-width: 536px) 100vw, 536px\" srcset=\"https:\/\/iicparigi.esteri.it\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/7-300x210.jpg 300w, https:\/\/iicparigi.esteri.it\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/7-1024x716.jpg 1024w, https:\/\/iicparigi.esteri.it\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/7-768x537.jpg 768w, https:\/\/iicparigi.esteri.it\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/7.jpg 1385w\" alt=\"\" width=\"536\" height=\"375\" \/><\/p>\n<h6>Foppato (BG), construction 46.045203, 9.757553 17 mars 2022, 15:39:04 Photo Andrea Francolino<\/h6>\n<p><strong>De la rupture&#8230; \u00e0 la beaut\u00e9<\/strong><br \/>\nCe qui est fascinant dans ce processus, c&rsquo;est qu&rsquo;il y a souvent un paradoxe cach\u00e9 derri\u00e8re cette \u00e9volution de mon travail : l&rsquo;esth\u00e9tique de la rupture. C&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 un paradoxe parce que 99,9 % des situations ne cherchent pas la beaut\u00e9 dans la rupture. Et puis cette esth\u00e9tique \u00e9merge, mais elle \u00e9merge parce qu&rsquo;elle est vraie et parce que chacun s&rsquo;y retrouve, parce que chacun a son propre v\u00e9cu et sa propre exp\u00e9rience, son propre hasard de la vie qui le conduit \u00e0 ce jour-l\u00e0 et donc, je ne sais pas, ce sont des pans de v\u00e9rit\u00e9. Lorsque je ram\u00e8ne cette fracture dans mon travail et que je l&rsquo;expose, ce n&rsquo;est rien d&rsquo;autre que de ramener ce qu&rsquo;elle est vraiment, je n&rsquo;ai fait aucun artifice, j&rsquo;ai simplement choisi un mat\u00e9riau r\u00e9el, de la poussi\u00e8re de ciment r\u00e9cup\u00e9r\u00e9e, parce que le ciment na\u00eet poussi\u00e8re et retourne \u00e0 la poussi\u00e8re tout comme beaucoup de choses dans l&rsquo;humanit\u00e9 autour de nous naissent poussi\u00e8re et retournent \u00e0 la poussi\u00e8re&#8230; donc vous voyez, c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment le concept de l&rsquo;\u00e9volution de la vie. J&rsquo;ai ensuite choisi la poussi\u00e8re de terre, car c&rsquo;est de la terre que vient la vie. La terre est fertile et que-ce-que c&rsquo;est l&rsquo;eau ? L&rsquo;eau est la vie.<\/p>\n<p><strong>Mais quand tu num\u00e9rote tes fissures avec des coordonn\u00e9es GPS ou que tu enferme tes \u0153uvres dans un m\u00e8tre carr\u00e9, tu introduis un \u00e9l\u00e9ment qui contredit l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;al\u00e9atoire.<\/strong><br \/>\nCar c&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;intervient le paradoxe qui \u00e9merge de cette r\u00e9flexion : l&rsquo;homme qui essaie de tout calculer et le hasard d&rsquo;une fissure, d&rsquo;un fragment qui n&rsquo;est pas pr\u00e9visible a priori, quel sort lui r\u00e9serve-t-on ? Ce n&rsquo;est pas un hasard si, dans mon pass\u00e9, je suis aussi all\u00e9 vers les fissures aux fronti\u00e8res des pays, mais pourquoi ? Parce que si vous voyez la carte de ces pays g\u00e9ographiquement, les fronti\u00e8res sont des fissures, mais en r\u00e9alit\u00e9 ce sont des lignes al\u00e9atoires que les \u00e9v\u00e9nements sociaux ont d\u00e9termin\u00e9es, que l&rsquo;homme a d\u00e9finies, mais la fissure est libre d&rsquo;aller d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 \u00e0 l&rsquo;autre parce que l&rsquo;homme ne peut pas contr\u00f4ler les \u00e9v\u00e9nements. Pour certains \u00e9v\u00e9nements, il peut, pour d&rsquo;autres, il ne peut pas les pr\u00e9voir, et c&rsquo;est probablement ce qui l&rsquo;am\u00e8ne toujours \u00e0 \u00e9voluer dans le temps.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-13295 img-fluid\" src=\"https:\/\/iicparigi.esteri.it\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/8-300x200.jpg\" sizes=\"auto, (max-width: 521px) 100vw, 521px\" srcset=\"https:\/\/iicparigi.esteri.it\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/8-300x200.jpg 300w, https:\/\/iicparigi.esteri.it\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/8-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/iicparigi.esteri.it\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/8-768x512.jpg 768w, https:\/\/iicparigi.esteri.it\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/8.jpg 1386w\" alt=\"\" width=\"521\" height=\"347\" \/><\/p>\n<h6>Du 12 mars 2015 au 12 mars 2016. Poudre de ciment r\u00e9cup\u00e9r\u00e9e sur papier Hahnem\u00fchle. Vue de l&rsquo;installation, Frittelli arte contemporanea Florence. Photo Agostino Osio<\/h6>\n<p><strong>Tu as parl\u00e9 de l&rsquo;absence d&rsquo;autor\u00e9f\u00e9rence dans tes \u0153uvres&#8230; \u00e0 mon avis, il est impossible de ne pas \u00eatre autor\u00e9f\u00e9rentiel dans une \u0153uvre d&rsquo;art<\/strong><br \/>\nL&rsquo;autor\u00e9f\u00e9rence est une chose beaucoup plus subtile. Je pense qu&rsquo;il y a beaucoup d&rsquo;artistes qui s&rsquo;exposent&#8230;\u00a0 pensez \u00e0 Dali, \u00e0 quel point il \u00e9tait omnipr\u00e9sent dans son travail. Lorsque je parle d&rsquo;une \u0153uvre qui n&rsquo;est pas autor\u00e9f\u00e9rentielle, il s&rsquo;agit d&rsquo;une \u0153uvre qui te permet de refl\u00e9ter tout ton \u00eatre, en tant que spectateur. Elle commence l\u00e0 o\u00f9 le spectateur peut faire \u00e9voluer sa propre pens\u00e9e jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;infini, pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un concept universel. C&rsquo;est en cela que l&rsquo;autor\u00e9f\u00e9rentialit\u00e9 de l&rsquo;artiste prend du recul pour laisser de l&rsquo;espace au spectateur&#8230; c&rsquo;est comme le libre arbitre, c&rsquo;est la m\u00eame chose. M\u00eame les \u00e9v\u00e9nements sociaux sont souvent caus\u00e9s par le libre arbitre de quelqu&rsquo;un qui r\u00e9fl\u00e9chit sur une situation d\u00e9termin\u00e9e. C&rsquo;est pourquoi la fissure est la manifestation objective d&rsquo;un processus en cours d&rsquo;\u00e9laboration, d&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;ouverture. Tu as utilis\u00e9 le terme \u00ab ouverture \u00bb tout \u00e0 l&rsquo;heure et nous revenons ici \u00e0 la Gr\u00e8ce antique o\u00f9 \u00ab beante \u00bb signifiait \u00ab ouverture \u00bb d&rsquo;o\u00f9 \u00e9merge ce chaos qui est aujourd&rsquo;hui l&rsquo;ordre. Lorsque nous observons la nature, nous remarquons un \u00e9quilibre inexplicable, de la nature cyclique de l&rsquo;eau \u00e0 l&rsquo;harmonie de certains paysages qui r\u00e9sultent d&rsquo;un hasard d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements qui ont pris la direction de l&rsquo;ordre et de l&rsquo;\u00e9quilibre, que nous brisons aujourd&rsquo;hui. Comment Francolino r\u00e9fl\u00e9chit-il au sens de la vie, au sens des choses, \u00e0 l&rsquo;homme et \u00e0 la nature ? Il r\u00e9fl\u00e9chit dans ce sens : je regarde cette chose et je r\u00e9fl\u00e9chis \u00e0 l&rsquo;\u00e9quilibre. Ici, &#8230; imagine cette projection de soixante photos de fissures essayant de co\u00efncider avec la chose r\u00e9elle derri\u00e8re le mur ou de co\u00efncider avec une veine dans une dalle de marbre. Je fais ici r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la s\u00e9rie d&rsquo;\u0153uvres vid\u00e9o intitul\u00e9e \u00ab Minute \u00bb, des photos de fissures, toutes diff\u00e9rentes, qui d\u00e9filent toutes les secondes au son d&rsquo;un tic-tac, essayant de co\u00efncider avec une fissure dans le mur, ou avec la veine d&rsquo;une plaque de marbre, ou avec une branche d&rsquo;arbre&#8230; etc&#8230; C&rsquo;est le hasard, le chaos cach\u00e9 derri\u00e8re la nature, qui g\u00e9n\u00e8re au contraire de l&rsquo;ordre. C&rsquo;est comme si je cherchais ma th\u00e9orie du tout, mais que je ne la trouverais probablement jamais&#8230; maintenant je ne sais pas si les scientifiques la trouveront, je suis curieux.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-13297 img-fluid\" src=\"https:\/\/iicparigi.esteri.it\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/9-300x152.jpg\" sizes=\"auto, (max-width: 517px) 100vw, 517px\" srcset=\"https:\/\/iicparigi.esteri.it\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/9-300x152.jpg 300w, https:\/\/iicparigi.esteri.it\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/9-1024x519.jpg 1024w, https:\/\/iicparigi.esteri.it\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/9-768x389.jpg 768w, https:\/\/iicparigi.esteri.it\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/9.jpg 1385w\" alt=\"\" width=\"517\" height=\"262\" \/><\/p>\n<h6>Andrea Francolino, Minute 14. Projection vid\u00e9o. Galerie der Stadt Tuttlingen 2024. Photo Nadja Dosterschill<\/h6>\n<p><strong>Tu as \u00e9crit ceci : \u00ab Je me suis toujours demand\u00e9 pourquoi l&rsquo;homme \u00e9volue davantage vers le mat\u00e9rialisme et, par cons\u00e9quent, s&rsquo;\u00e9loigne de la nature, r\u00e9duisant son lien avec elle \u00bb.<\/strong><br \/>\nEn effet, ce sont les paradoxes qui se cachent derri\u00e8re les choses. Souvent, plus l&rsquo;homme s&rsquo;entoure de mat\u00e9rialit\u00e9, plus il s&rsquo;\u00e9loigne du vrai sens des choses et de la vie. Notre civilisation red\u00e9couvre un nouveau rapport \u00e0 la nature. Avant, elle \u00e9tait beaucoup plus anthropocentrique&#8230; l&rsquo;homme, plus il augmente sa mat\u00e9rialit\u00e9, plus il s&rsquo;\u00e9loigne de la nature, mais in\u00e9vitablement, parce que nous sommes maintenant dans une m\u00e9tropole ; donc, la nature est dans le fleuve, mais il se construit de quelle mani\u00e8re ? En prenant des \u00e9l\u00e9ments naturels et en les artificialisant, donc, en th\u00e9orie, il \u00e9loigne ces \u00e9l\u00e9ments naturels de la nature pour les mettre au service de la ville. Mais que fait-il alors ? La nature est \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur de la ville et il la cherche, le week-end, comme c&rsquo;est probablement le cas dans toutes les grandes villes, l&rsquo;homme part \u00e0 la recherche de la nature. Il s&rsquo;\u00e9loigne donc de la nature en venant en ville, en venant l\u00e0 o\u00f9 se trouvent les autres, parce qu&rsquo;il a besoin de socialisation, mais il veut ensuite revenir \u00e0 la nature et il part donc \u00e0 sa recherche. Il travaille probablement, gagne de l&rsquo;argent, et pour quoi faire ? Pour payer son retour \u00e0 la nature et se reposer. Vous voyez donc qu&rsquo;il s&rsquo;agit toujours d&rsquo;un paradoxe ? Et la d\u00e9couverte par l&rsquo;homme aujourd&rsquo;hui de faire partie de la nature et de ne plus la gouverner est \u00e9galement due aux fractures : le changement climatique est une manifestation ruineuse que la nature essaie de donner \u00e0 l&rsquo;homme comme un signal, elle essaie de se faire de la place. C&rsquo;est comme une racine \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de l&rsquo;asphalte o\u00f9 tu tr\u00e9buchais avant, toi, Th\u00e9a. Qu&rsquo;est-ce que c&rsquo;est ? Vous voyez, c&rsquo;est la nature qui \u00e9merge, qui brise cette artificialit\u00e9, donc paradoxalement, plus l&rsquo;homme va vers l&rsquo;artificiel, plus il s&rsquo;\u00e9loigne de la nature, in\u00e9vitablement, mais ensuite il s&rsquo;en approche \u00e0 nouveau parce qu&rsquo;il en a besoin, il se souvient qu&rsquo;il fait partie de cette chose, donc c&rsquo;est comme un chat qui se mord la queue, un infini, une danse de Matisse. Vous ne pouvez pas identifier cette chose. Le cycle des choses humaines est un paradoxe permanent entre l&rsquo;\u00eatre et le devenir.<\/p>\n<p><strong>Te souviens-tu de la premi\u00e8re fissure ?<\/strong><br \/>\nNon, mais je me souviens de ce voyage en Suisse, je crois que c&rsquo;\u00e9tait en 2009 ou 2010 \u00e0 B\u00e2le, d&rsquo;o\u00f9 la photo que j&rsquo;ai prise \u00e0 Paris devant le monument des Invalides (ndlr) le premier jour que Andrea a fl\u00e2n\u00e9 dans Paris). J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 par le fait qu&rsquo;ils ont d\u00fb boucher les fissures du trottoir mais qu&rsquo;un rayon de soleil faisant r\u00e9fl\u00e9chir la mati\u00e8re brillante avec laquelle ils les avaient bouch\u00e9es, les fissures ont \u00e9merg\u00e9 encore plus. Donc, plus on essaie de cacher quelque chose, plus cela ressort. C&rsquo;est r\u00e9v\u00e9lateur du fait que je sois venu ici, que j&rsquo;aie trouv\u00e9 probablement cette chose dont je suis parti il y a de nombreuses ann\u00e9es en Suisse, o\u00f9 j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s impressionn\u00e9 par le fait qu&rsquo;ils aient referm\u00e9 toutes ces fissures. Quelle m\u00e9ticulosit\u00e9 et quel travail sans fin, probablement parce que je crois que l&rsquo;\u00e9tat de l&rsquo;existence de l&rsquo;homme&#8230;\u00a0 que d\u00e8s qu&rsquo;ils en ont ferm\u00e9 une, entre-temps, dans une autre partie de la ville, une autre s&rsquo;est ouverte&#8230; c&rsquo;est comme d\u00e9poussi\u00e9rer votre maison, vous continuez \u00e0 la d\u00e9poussi\u00e9rer en esp\u00e9rant que t\u00f4t ou tard, tout dispara\u00eetra&#8230; c&rsquo;est impossible&#8230;<\/p>\n<p><strong>Andrea, parle-moi de toi&#8230;<\/strong><br \/>\nJe suis amoureux de deux endroits : la ville de Matera o\u00f9 j&rsquo;ai grandi (Andrea est n\u00e9 \u00e0 Bari et est arriv\u00e9 \u00e0 Matera \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 4 ans environ), puis je suis parti vers l&rsquo;\u00e2ge de 23 ans pour Milan, o\u00f9 je vis avec ma famille depuis 20 ans et o\u00f9 j&rsquo;ai mon atelier.<br \/>\nMa femme, elle, est n\u00e9e \u00e0 Milan et a grandi dans les Dolomites o\u00f9 nous avons une petite maison&#8230; Je suis tr\u00e8s content de ma pr\u00e9sence entre Milan, Matera et la r\u00e9gion de Belluno. Mais au moins une fois par an, je dois me rendre \u00e0 Matera, o\u00f9 se trouvent mes parents, mon fr\u00e8re qui y travaille et de nombreux amis. Nous sommes tous partis chercher fortune quelque part. Mais moi, \u00e0 Matera, je n&rsquo;exclus pas qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;avenir je puisse avoir un point d&rsquo;ancrage pour pouvoir vivre entre Milan, Matera et Neveg\u00e0l. Quand je suis parti, c&rsquo;\u00e9tait une ville \u00e0 laquelle tout le monde croyait d\u00e9j\u00e0. Devenue capitale de la culture, les gens ont reconnu cette beaut\u00e9 l\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;on parlait d&rsquo;aura de honte. Bref, Pasolini a compris avant les autres \u00e0 quel point cette ville \u00e9tait belle, et donc je vivais d\u00e9j\u00e0 cette beaut\u00e9. Probablement que si je devais psychanalyser mon travail, il semblerait que cet aspect \u00e9mergerait : une ville o\u00f9 les gens creusent pour vivre, parce qu&rsquo;ils creusent pour aller chercher de l&rsquo;eau, ils creusent quand un enfant na\u00eet pour avoir un autre espace \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur des grottes. Les habitations de la ville de Matera, si vous allez visiter la maison paysanne typique, quand une nouvelle vie naissait, un autre environnement \u00e9tait cr\u00e9\u00e9, parce que c&rsquo;est une pierre tr\u00e8s tendre, tr\u00e8s poreuse et donc&#8230; cette ville qui est n\u00e9e dans un contexte naturel m&rsquo;a probablement forg\u00e9 d&rsquo;une certaine mani\u00e8re, je ne peux pas l&rsquo;expliquer autrement parce qu&rsquo;en fin de compte je vois mes r\u00e9flexions infinies dans la rupture al\u00e9atoire, dans la fissure, dans l&rsquo;ouverture. Alors, oui, je suis tr\u00e8s attach\u00e9 \u00e0 cette ville, j&rsquo;y reviens toujours avec beaucoup de plaisir, je suis heureux de vivre \u00e0 Milan parce que c&rsquo;est une ville qui m&rsquo;a beaucoup donn\u00e9. A Milan, je suis aussi le fondateur de cet espace \u00e0 but non lucratif (ndlr, The Open Box, un espace n\u00e9 \u00e0 Milan en 2015) avec trois autres artistes et un curateur o\u00f9 nous exposons aussi des projets de jeunes. Je peux donc me permettre aujourd&rsquo;hui avec d&rsquo;autres coll\u00e8gues de montrer le travail de jeunes artistes et de grands projets, donc, vous savez, c&rsquo;est une ville qui m&rsquo;a beaucoup permis. Cela dit, je trouve merveilleuse la nature explosive de la montagne : les montagnes italiennes, les Dolomites, les montagne de la r\u00e9gion de Bellune, les montagnes du Trentin&#8230; nous savons que ce sont des endroits magiques, parmi les plus beaux que l&rsquo;on puisse souhaiter ; donc \u00eatre entour\u00e9 de ces beaut\u00e9s m&rsquo;inspire in\u00e9vitablement.<\/p>\n<p><strong>Nous sommes dans le jardin des Tuileries, devant une sculpture de Jean Dubuffet &lsquo;Le bel costum\u00e9&rsquo;.<\/strong><br \/>\nNous sommes dans un endroit merveilleux comme Paris, qui est une ville magnifique, o\u00f9 on peut voir des \u0153uvres d&rsquo;art merveilleuses. Bref, je voudrais aussi remercier l&rsquo;Institut culturel italien et Contemporalis (ndlr, l&rsquo;association Contemporalis Art Paris) de m&rsquo;avoir sorti de mon travail incessant et de m&rsquo;avoir donn\u00e9 l&rsquo;occasion de profiter de moments de contemplation dans cette ville pleine de surprises.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-13303 img-fluid\" src=\"https:\/\/iicparigi.esteri.it\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/10-300x200.jpg\" sizes=\"auto, (max-width: 524px) 100vw, 524px\" srcset=\"https:\/\/iicparigi.esteri.it\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/10-300x200.jpg 300w, https:\/\/iicparigi.esteri.it\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/10-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/iicparigi.esteri.it\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/10-768x512.jpg 768w, https:\/\/iicparigi.esteri.it\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/10.jpg 1234w\" alt=\"\" width=\"524\" height=\"349\" \/><\/p>\n<h6>Andrea Francolino, M2. B\u00e9ton, terre, or, papislazzuli. Photo, R. Ghiazza. Courtesy Mazzoleni, Londres &#8211; Turin<\/h6>\n<p><strong>Entre l&rsquo;int\u00e9rieur et l&rsquo;ext\u00e9rieur, entre la rue et l&rsquo;atelier, entre le voyage \u00e0 la recherche de fissures et donne une forme concr\u00e8te \u00e0 ton l&rsquo;errance, qu&rsquo;y a-t-il ?<\/strong><br \/>\nJe ne sais pas, mais un \u00e9pisode me vient \u00e0 l&rsquo;esprit : lorsque j&rsquo;ai d\u00fb quitter mon atelier \u00e0 Milan il y a trois ans parce qu&rsquo;on augmentait mon loyer, j&rsquo;ai d\u00e9cid\u00e9 de l&rsquo;acheter apr\u00e8s en avoir visit\u00e9 d&rsquo;autres. Je suis li\u00e9 \u00e0 cet atelier pour deux raisons : la premi\u00e8re est que j&rsquo;aurais regrett\u00e9 de laisser les moulages du sol en b\u00e9ton, et la seconde est que dans les \u0153uvres que je r\u00e9alise avec des moulages de fissures \u00e0 travers le monde, \u00ab I Percorsi \u00bb, qui sont de v\u00e9ritables voyages, la premi\u00e8re fissure est toujours celle qui se trouve \u00e0 la sortie de mon atelier&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Andrea Francolino La conversation a \u00e9t\u00e9 l\u00e9g\u00e8rement retouch\u00e9e en quelques points seulement pour que tout soit le plus fid\u00e8le possible \u00e0 l&rsquo;original. Un \u00e9change n\u00e9 en marchant avec d\u00e9sinvolture sans destination fixe, parmi les bruits et les obstacles de la ville. 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